Véronique Isabel Filion : La petite-grande présence

Portraits d'humoristes de la relève - présentés par Avanti
Par Sophie

Véronique Isabel Filion : La petite-grande présence

 In Portraits d'humoristes de la relève - présentés par Avanti
Diplômée de l’École nationale de l’humour – cohorte 2018

Nous sommes au Atomic Café. Elle se commande un chocolat chaud et moi un latté. Elle ne boit jamais de café et ça m’impressionne toujours, car ce divin liquide est l’un des fondements de ma vie. Je lui demande, chaque fois, comment elle fait pour être aussi allumée pis drôle pas de caféine!

Je me retrouve donc à rédiger un portrait de cette petite-grande artiste avec qui j’ai foulé, en simultané, au jour 1, les planchers de l’École nationale de l’humour, elle en création humoristique et moi en écriture.

Cette petite-grande artiste, je l’appellerai Véro, parce que c’est mon amie pis parce que Véronique Isabel Filion, ça devient long quand on l’écrit plusieurs fois.

À 9 ans, Véro commence à faire du théâtre. C’est son père qui l’incite à s’inscrire parce que « ça a pas de bon sens d’être gênée d’même », qu’il disait. Au secondaire, elle se pitche dans l’improvisation, mais n’aime pas particulièrement les solos et avoir le spot light. One step at a time, quand même!

Puis, elle étudie en sciences, lettres et arts au Cégep. Un programme, disons-le, plutôt large!

« Je me suis tannée! Finalement, j’ai fait un DEC en arts visuels. Mes profs disaient que j’avais de l’avenir, mais c’est quoi l’avenir en arts visuels au Québec? Faque je me suis encore tannée! »

Elle commence un baccalauréat en enseignement. Ça va bien, elle aime le contact avec les enfants, mais il manque quelque chose…

Elle part donc en voyage, se chercher un peu, faire le tour de l’Europe, travailler sur des fermes en Irlande. Elle revient avec une certitude qui n’a vraiment aucun rapport avec ses récentes expériences agricoles: « J’ai besoin de l’art! » (ou I need art, vu qu’elle était en Irlande, you know!)

Cherchant encore son plan A, elle étudie alors en cinéma à Concordia.

« Mais après un an, c’était trop théorique finalement. Surprise! Je me suis tannée! J’étais tannée d’être tannée! »

Elle entend parler des cours du soir de l’École de l’humour. Elle s’inscrit à l’hiver 2016 et a un véritable coup de cœur pour la discipline. Elle décide de faire les auditions en avril.

« J’y croyais pas du tout! (rire) Je voulais juste pas regretter de ne pas l’avoir fait… mais ça m’angoissait que le criss! »

Les choses déboulent très rapidement. Elle est prise au stage puis acceptée à l’École.

« Je mettais l’école sur un piédestal, mais pas moi! C’est beaucoup de pression s’intégrer à un nouveau milieu, les travaux, la performance, écrire des blagues constamment, être drôle tout le temps. Les débuts ont pas été si faciles, mais j’ai vraiment évolué en peu de temps pis je suis fière de ça! »

Je me rappelle que lors d’une présentation de numéro en classe, elle a créé un « conte pour enfants ». En tout cas, ça en reprenait les codes! C’était l’histoire d’une petite souris qui devait se prostituer pour vivre. À mon avis, ce fut un moment charnière de sa formation.

« J’avais jamais utilisé de vulgarité avant. Je suis pas quelqu’un qui sacre, de nature. Certains disent qu’aller dans le trash, c’est aller dans la facilité. Pour moi c’était un réel défi! Ça a full marché et ouvert un océan de possibilités. »

« J’étais allée à l’extrême de ce que je pouvais faire et j’avais trouvé mon casting: aller au-delà du trash en cassant l’image de la fille timide, jouer avec ma « petite présence » et prendre de la place sur scène, à ma façon. Tu peux être de nature introvertie et vouloir faire ce métier-là. C’est important de rester authentique à ce qu’on est. »

Comment gère-t-elle les choses depuis sa sortie de l’École? Moi je le sais, mais vous, peut-être pas!

« Au début, j’avais de la misère à écrire aux bookeurs de soirées d’humour. J’avais pas mal de réponses, mais j’étais pas pantoute dans le plaisir, j’étais dans le stress des résultats, de performer, de produire, de me faire une bonne réputation. C’était plus dur encore que l’École où malgré tout, on était dans un mode exploratoire. En janvier dernier, j’ai eu un gros down. Il était où le fun? Je travaillais de soir/nuit dans un Pub Ludique dont je tairai le nom! J’étais fatiguée. C’est la première année post-école la pire. Les gens disent ça pis ils ont raison! »

Et l’avenir?

« J’ai ben d’la misère à me projeter loin dans l’avenir. Pour l’instant, je veux juste faire de l’humour, en vivre pis être en paix avec moi-même, haha! Ce qui est cool c’est qu’il peut y avoir de l’humour dans tout! C’est ça qui me motive, je pense : ne pas savoir exactement ce que je vais faire dans 5 ou 10 ans. »

« C’est enivrant de se dire que je serai peut-être en tournée pour mon one-women-show ou en train de jouer dans Like-Moi saison 43 ou que j’aurai écrit un livre sur l’invention du popcorn (pour vrai, y’ont du faire le saut quand y’ont découvert que ça poppait)! »

Bien humblement, elle m’explique qu’elle a toujours eu une certaine facilité dans ce qu’elle entreprenait. D’où le fait qu’elle se tannait rapidement, peut-être.

« Sauf qu’en humour c’est jamais fini! Ça me garde en vie… en vie, mais stressée! C’est pas un stress du style – qu’est-ce que je fais ou vais faire dans la vie? – comme dans les autres programmes que j’ai essayés où j’avais tout le temps une boule dans le sternum. Là c’est un bon stress, mais qui peut prendre le dessus parfois. »

« Faque y faut faire des respirations pis ben du yoga, mais ça reste un stress bénéfique qui te fait dire que la vie vaut la peine d’être vécue. »

J’échappe un « aaawwww » et enchaine en lui demandant ses impressions sur le fameux terme « humoriste de la relève ». Elle s’emballe.

« Moi je trouve ça difficiiiile ce mot-là! C’est ben trop vague! Tsé, y’en a que ça fait 15 ans qui font ça, d’autres 5, moi 1, certains qui ont moins d’expérience que moi. C’est quoi les catégories? On en a tu vraiment besoin? (On salue P-Y McSween au passage.) Y’en a qui disent qu’Arnaud Soly fait partie de la relève. Voyons donc! Moi j’suis quoi d’abord? J’suis tu une humoriste? Ou un escargot? »

Temps. Elle fait une face de « pourquoi j’ai dit ça? »  Fou rire.

Je pense qu’après cette référence animalière inusitée, y’a plus rien à ajouter!

Drop (gentiment) the mic!

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