Étienne Dano : se donner à 100 %

Les figures marquantes du circuit des soirées d’humour

Étienne Dano : se donner à 100 %

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Conduire sa première entrevue, c’est stressant. Surtout quand ta zone de confort, c’est pondre des blagues, tout seul dans le noir avec un peu de musique en background, juste pour être sûr que tes voisins entendent pas ce que t’écris. Heureusement, l’interviewé au bout du fil est Étienne Dano, un gars aussi réconfortant qu’un chocolat chaud.

Pendant une heure, il me partage généreusement anecdotes, philosophie et conseils en lien avec sa riche expérience dans le circuit des soirées d’humour. Il est généreux avec son auditoire, que celui-ci soit une salle pleine au Saint-Denis, ou un gars tout seul au bout du fil. 

Sa capacité à connecter avec les gens lui a permis d’animer plus de 500 soirées d’humour un peu partout au Québec, de gagner l’édition 2009 d’En route vers mon premier gala Juste pour rire et lui a valu six nominations au Gala Les Olivier. 

On dit que la nécessité est la mère de l’invention. Après deux refus de l’École nationale de l’humour, le chemin « habituel » ne semble pas être une option pour Étienne. Heureusement, une rencontre fortuite avec Junior Girardeau, qui allait plus tard devenir son premier gérant, change la donne.

Lorsque Junior lui donne une première chance sur scène lors de la soirée francophone du Comedy Zone dans l’ouest de Montréal, le côté rassembleur d’Étienne lui permet de faire bonne figure. « La raison pour laquelle Junior m’avait aimé, c’est que j’avais emmené du monde en tabarnack. J’avais emmené tous mes chums d’université [rires]. Lui, vu que son salaire marchait au nombre d’entrées, y s’est dit : même s’il est mauvais, on va le réinviter [rires] ».

Parmi tous les collègues d’université qui sont allés le voir au Comedy Zone se trouve Alexandre Bourdages, gérant du Saint-Ciboire à l’époque. Ce dernier lui propose de lancer le même genre de soirée dans son bar de la rue Saint-Denis. Étienne est tout d’abord hésitant. Il craint de se mettre Junior à dos en lui faisant concurrence. Toutefois, la faillite du Comedy Zone permet à Étienne de recruter Junior et de lancer Les Mardis de l’humour au Saint-Ciboire.

Si la soirée obtient éventuellement un statut mythique, elle connaît tout de même des débuts modestes. Avant l’avènement de Facebook et des médias sociaux, Étienne doit faire preuve d’ingéniosité pour faire connaître son événement, qui à l’époque, était bien atypique.

Une des tactiques novatrices de l’étudiant en événementiel : remplacer le traditionnel flyer promotionnel par des billets de courtoisie. 

« Je suis allé m’ouvrir un compte à la billetterie Admission et j’ai fait imprimer des billets sur lesquels j’ai écrit : Mardis de l’humour Pub Saint-Ciboire, valide pour le mois en cours, valeur de cinq dollars. Donc, au lieu de te donner un pamphlet, je te donnais une paire de billets d’entrée qui avaient déjà une valeur. Les gens se sentaient plus coupables de ne pas venir (rires) » 

 Lancer une soirée d’humour n’est pas de tout repos. Étienne apprend « sur le tas » et déploie énormément d’efforts à l’animation et à la promotion de la soirée. Il va même jusqu’à acheter un éclairage professionnel usagé qu’il paye de sa poche. 

Étienne attribue une partie des succès de la soirée à l’intimité du Saint-Ciboire. Les plafonds bas et le stage peu élevé favorisent une proximité avec le public. Lors d’une des premières soirées, une panne électrique survient tout juste avant l’entrée en scène de Stéphane Poirier et pousse l’ambiance intime du bar ainsi que l’ingéniosité des organisateurs à leur paroxysme. 

« Les gens ont allumé leur cellulaire, même si dans ce temps-là, les cellulaires n’avaient pas de flashlights. On a allumé des chandelles pis Stéphane a fait son numéro a cappella sans micro. C’est sûr que ce moment-là va m’avoir marqué pour toute ma vie ».

Le succès des Mardis de l’humour a certainement participé à la prolifération des soirées humoristiques un peu partout dans la métropole. Non seulement grâce à la merveilleuse habitude des bars de reproduire les thématiques à succès de leurs concurrents (règle aussi connue sous le nom de la TousLesBarsOntUneSoiréeDeQuiz rule), mais aussi en devenant un véritable lieu de rassemblement pour une génération d’humoristes qui ont, à leur tour, contribué à l’expansion du circuit des soirées d’humour. 

Si des réguliers comme Ben Lefebvre deviennent éventuellement les têtes d’affiche de leur propre soirée, l’influence va même au-delà du cercle des humoristes. My-Linh Nguyen devient rapidement une spectatrice assidue des Mardis de l’humour et se découvre une passion qui va la conduire à une carrière florissante de gérante d’artistes en plus de diriger sa propre soirée à succès : les jeudis de l’humour au Brouhaha

Parce que c’est ça l’héritage des Mardis : avoir inspiré une génération complète d’artistes et de passionnés à fonder leur propre lieu de diffusion. À l’époque, une soirée d’humour dans un bar de Montréal était une curiosité, une anomalie. Maintenant, c’est la norme.

À la fin de l’heure d’entrevue qui a eu l’air de filer en cinq minutes, Étienne termine avec un conseil pour tous ceux qui veulent lancer leur propre soirée :

« Il ne faut pas que tu fasses 70 % de la job, il faut que tu fasses 100 % de la job. Si toutes les conditions sont là, ta soirée va être un succès, même si ton animation est plus mollo. J’en suis la preuve. » dit le gars qui, pour que sa soirée devienne un succès, est allé sur le bord de la 40 acheter du vieux stock d’éclairage que t’installes toi-même à bout de bras pis qui tient de peine et de misère.

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