Gilbert Fortier: Se diagnostiquer une passion pour l’humour

Portraits d'humoristes de la relève - présentés par Avanti
Par Sophie

Gilbert Fortier: Se diagnostiquer une passion pour l’humour

 In Portraits d'humoristes de la relève - présentés par Avanti

Quand j’étais petite, je voulais être optométriste. J’ai été très myope très jeune, alors je les côtoyais souvent. Je les trouvais relax, gentils, funny. Accessoirement, la paie semblait pas pire pantoute! Finalement, je suis devenue autrice humoristique à la pige. Autre genre de parcours.

MAIS… ça a l’air que c’est possible d’allier optométrie et humour. C’est ce que j’ai constaté en rencontrant Gilbert Fortier.

Alors que beaucoup d’humoristes commencent par faire de l’impro ou du théâtre au secondaire, ce n’est pas le cas du petit Gilbert qui était un garçon tranquille, réservé, studieux pis toute. 

« C’était pas moi le hot dans Degrassi, disons! »

Il obtient son diplôme de l’Université de Montréal en 1999. C’est en pratiquant son métier qu’il se débarrasse de la gêne qui l’habite depuis l’enfance. Un optométriste parle toute la journée à des gens qu’il ne connaît pas. Il doit les rassurer, les renseigner et les divertir.

Au milieu des années 2000, il devient porte-parole pour une compagnie de verres de lunettes. Il se fait offrir une formation en relations publiques et endosse un rôle informatif le fun: prévenir les gens des dangers des ultraviolets. Yeah! 

Ensuite, il participe comme spécialiste à une entrevue à LCN. Pour les cinq années suivantes, il devient une personne-ressource de TVA pour tout ce qui est relié aux yeux. 

«C’est vraiment un point tournant, j’aimais le thrill, la caméra, l’ampleur. Pour beaucoup de gens, ce serait l’incarnation de la mort de se retrouver sur le plateau de Salut Bonjour, à heure de grande écoute, mais moi je tripais! J’épiçais ça avec des blagues. Je me suis rendu compte que j’aimais faire rire le monde.»

Puis, il se tourne vers la photo de spectacles. Gilbert aime capter l’envers du décor, faire des sortes de photoreportages en coulisses. Il se faufile, cogne à des portes, rencontre des gens. Il finit par photographier un spectacle de Dominic Paquet et gagne peu à peu la confiance de producteurs et de gérants d’autres humoristes.

Un soir, alors qu’il photographie la dernière représentation des “Heures verticales” de Louis-Josée Houde, à L’Olympia, il s’assoit derrière le rideau, en fond de scène, et laisse venir à lui les vagues de rires. 

«Ça m’impressionnait tellement! J’ai commencé à écrire du matériel après ça, tranquillement, sans trop savoir où ça allait me mener.»

 

Il se met à poser des questions et à demander l’avis de son entourage. 

«Simon Delisle m’avait dit: « je pense que t’essaies de mettre la charrue devant les bœufs! Commence par suivre des cours d’écriture, c’est la meilleure chose à faire! »

J’avais aussi fait lire un de mes textes à François Bellefeuille en lui disant : « je ne sais pas s’il y a quelque chose que tu pourrais utiliser là-dedans. » Il m’avait répondu : « tu me fais penser à moi quand j’ai commencé… au début on écrit 90% de marde! »

Sur le coup, j’ai trouvé ça rough, mais ça a été un reality check et j’ai enclenché les démarches pour apprendre les rudiments de l’écriture de gags! Quand je relis ce texte aujourd’hui, Bellefeuille avait tort… c’était 97.5% de marde! (rires) 

Gilbert fait l’open mic du Bordel Comédie Club pour la première fois en 2016. C’était aussi sa première fois sur scène en général. 

«Ce fut un succès très… mitigé, mettons! Beaucoup de gens veulent faire du « stock rodé », du matériel déjà testé, au Bordel, mais moi je savais pas. J’ai commencé directement par ça! Ma deuxième fois sur scène, c’était un show corporatif en anglais! J’ai pas appris! Ahah!»

 Et si vous vous demandiez… oui, parallèlement, il est optométriste à plein temps.  

«C’est peut-être parce que je suis installé au niveau professionnel que j’ai jamais eu trop peur de me tromper. Je suis un peu aveugle dans tout ça. Si ça marche pas, ça marche pas, mais je m’amuse. Je peux créer sans avoir de pression de performance, sans stress financier. Je fais d’ailleurs un gag sur scène: l’humour c’est pas ma vraie job, parce que moi j’aime ça manger tous les jours.» 

Là, je ris un peu jaune… parce que j’ai faim. (Ben non, c’t’une joke!)

Je lui demande s’il a déjà pensé lâcher ou réduire sa charge d’optométrie pour l’humour. 

«J’aime beaucoup ma job! Je ne sais pas si je serais heureux de complètement basculer de l’autre bord. J’apprécie ce juste milieu. J’ai besoin d’un pendant au côté cartésien, scientifique et plus rigide de mon métier. L’humour c’est comme une soupape de ventilation, une échappatoire créative. Le feeling d’être sur scène, quand ça marche bien, est difficile à expliquer. C’est comme une vague d’énergie qui me donne l’adrénaline dont j’ai besoin pour bien fonctionner. Et puisque je fais juste 2-3 soirs par mois, c’est toujours comme un happening! La flamme ne s’éteint pas, ne s’affadit pas… Je voulais juste ploguer le verbe affadir!»

 A-t-il peur de toujours faire partie de ce qu’on appelle très largement « la relève »? 

«C’est sûr que c’est un milieu où ça va excessivement vite, surtout à Montréal où la culture des soirées d’humour est mieux établie. J’ai fait 50-60 shows en trois ans alors que certains font ça la première année! J’ai pas autant de temps que je voudrais pour écrire, me déplacer, j’habite plus loin, j’ai des enfants, j’ai 45 ans! C’est la gestion de l’horaire le plus difficile. Des fois, j’ai l’impression de me battre contre la montre. Ça m’agace. En même temps à 20-25 ans, j’étais pas là pantoute, alors j’accepte mon parcours. Et maintenant, quand j’arrive sur scène, je suis confiant et fier d’où je suis rendu.»

En ce qui concerne le terme relève, ce n’est pas le mot en soi qui l’agace, mais qu’il y a clairement trop de gens dans cette gang-là qui devraient avoir plus de visibilité selon lui. Énormément d’humoristes drôles et efficaces restent plutôt méconnus. Il se met à me parler de hockey. Je note : bantam, midget, AA, AAA, junior majeur, alouette!

«Il y a tellement de joueurs talentueux dans ces catégories. Peu d’entre eux ont la chance de jouer dans la ligne nationale, mais ce n’est pas forcément par manque de talent.»

Deux choses sont certaines:

Une bonne métaphore de sport, ça clôt toujours bien un texte! 

Et si un jour vous vous faites diagnostiquer un décollement de la rétine entre deux fous rires, ce sera sûrement l’œuvre de Gilbert Fortier! 

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